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Mais qui est Says’z ?

Des Comores à Paris.

Lorsqu’on rêve de faire carrière dans la musique, passer toute sa jeunesse aux Comores, un pays avec très peu d’opportunités dans ce domaine, peut déjà être perçu comme un désavantage. Mais quand, en plus de ça, la culture de ce pays, votre famille et vos convictions religieuses déconseillent voire désapprouvent votre passion, poursuivre ce rêve peut relever du parcours du combattant. Cependant, parfois sa vocation personnelle doit être plus forte que la tradition.

Né en France, Says’z rejoindra très rapidement les Comores où il a grandi. “Étant petit, j’ai très vite eu plusieurs passions à côté de l’école. Le football et la danse d’abord. J’ai commencé ensuite à chanter.” Après avoir monté un groupe avec quelques amis, il comprend que c’est cette voie là qu’il veut suivre, celle d’un artiste.

Le problème ? Cette vie artistique va à l’encontre de certains principes culturels et religieux. “Cette liberté, je ne pouvais pas me la permettre à cause de l’éducation autoritaire de mon père et aussi de la religion musulmane qui déconseille la musique. C’est un monde synonyme de perversion pour beaucoup. Aux Comores, le seul chemin vers la réussite c’est le schéma classique des grandes études. Mon père étant quelqu’un de très instruit, on me faisait comprendre que je devais lui faire honneur en suivant le même chemin. Au début, je devais me cacher pour faire du son.”

Alors, oublier la passion qui nous anime pour suivre la voie qu’on a tracé pour nous, celle que tout le monde suit ? Says’z a fait un autre choix. “Il faut créer son propre chemin ! C’est pas facile de trouver le courage de le faire, mais il faut une dose de rébellion à toute personne qui a sa propre vision pour sa voie, sa vocation !” Après avoir raté le premier concert que son groupe avait pu décrocher car son frère l’a ramené à la maison de force à la dernière minute, il a commencé à fuir en douce pour pouvoir aller se produire sur scène. “Vers 12 ans, quand on devait faire des concerts, on rentrait très tard. Je savais qu’en arrivant à la maison j’allais déguster… et je dégustais (rires). Quelque part, j’assumais déjà le fait que ça ne leur plairait pas mais que c’était ma voie. Pour moi ça en valait la peine ! Parfois, on faisait des concerts de folie et je me disais aujourd’hui ma ceinture je vais la manger avec fierté. Parce qu’aujourd’hui on a fait le taff.”

C’est en arrivant en France que les choses vont s’accélérer pour lui. De base arrivé pour poursuivre ses études universitaires, le monde artistique va rapidement le rattraper, ce qui le poussa à arrêter les cours à sa troisième année de Sciences Po. “J’ai dû mentir. Je suis parti en France pour un but précis qui était les études. Forcément ça n’aura pas été facile pour eux que je les appelle en leur disant finalement, je laisse tomber tout ce pour quoi vous avez investi. Mais ce qui m’a aidé, c’est qu’on a commencé à leur parler de ma musique jusqu’aux Comores. Ça les a rassuré aussi de voir que leur fils était toujours le même.”

Le premier obstacle de la famille plus ou moins résolu, il reste le défi de réussir dans cette voie qu’il a choisie. Comment un jeune gars des Comores qui débarque en France tout seul peut parvenir à atteindre son rêve ?

Aux Comores, j’avais conscience que j’étais dans un endroit où je n’avais pas toutes les chances à ma portée. Par exemple, quand je faisais du foot, des cousins à moi de France m’avaient parlé du système des détections en clubs. Là-bas, on avait pas ce genre d’opportunités. Je ne connaissais aucune personne qui avait réussi à s’exporter à une grande échelle à partir des Comores. Donc, quand j’étais là-bas et que je pensais à arriver en France, je me disais quand j’y serai, je vais faire en sorte de profiter de toutes les portes qui n’existent pas ici”.

Juste le fait de pouvoir se dire que “c’est possible” a créé chez moi un conditionnement d’acharnement, de travail et d’autonomie ainsi que beaucoup de détermination. C’est un peu comme si mon parcours me l’imposait.

On dit souvent “on connaît la valeur de ce qu’on avait après l’avoir perdu”. Mais ça c’est pour ceux qui l’avaient. Pour ceux qui l’ont jamais eu, c’est encore pire ! Je me dis “j’ai jamais eu ça et je connais des gens qui ne l’auront jamais !” C’est quand tu réalises ce genre de choses que tu te dis que t’as pas le droit à l’erreur. La personne qui n’a jamais eu d’opportunité connaît mieux leurs valeurs que celle qui en a toujours eu. C’est un avantage dans ce sens là !

Ma plus grande victoire ? : à ce jour, c’est la signature avec Gims. Je ne me serais jamais imaginé ça quand j’étais encore là-bas avec mes amis en train d’écouter du Sexion d’Assaut. À l’époque j’entendais “signer” mais je savais pas ce que c’était. Et ça n’annonce que le début d’un chemin où le travail doit être encore plus dur.

Crédits

Gandhi « Rifa » Lokondo

Léopold Darcheville