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Myth Syzer, la sincérité en musique

Une rencontre pleine d’amour avec le beatmaker en vogue.

Beatmaker attitré de Bon Gamin, Myth Syzer a collaboré avec une bonne partie des rappeurs francophones. Le 27 avril dernier, il a sorti son album Bisous. Au programme du projet ? Séduction, relation, rupture… Une rencontre pleine d’amour.

Myth Syzer débarque à Paris il y a de ça 10 ans. Originaire de la Roche-sur-Yon, en Vendée, il délaisse son boulot de mécanicien et veut faire de sa passion, la musique, son nouveau boulot. « Une fois arrivé dans la capitale, ça a déclenché un effet boule de neige. Plus le temps passait, plus ça marchait pour moi. » Sa rencontre avec Loveni et Ichon – 2 rappeurs français – est influente : ils forment le collectif Bon Gamin. « C’est la famille avant tout. Le but c’est de faire de la musique avec la mif et d’avancer tous ensemble. »

C’est sous son étiquette solo que Myth Syzer sort « Bisous », un album plein de love. Une question nous taraudait donc : est-ce que ça manque d’amour dans le rap ? « Ça manque de vérité en fait, notamment concernant les sentiments. Les femmes, c’est un thème souvent abordé, mais de manière brutale, du genre ‘nous on est dur et vous, vous êtes des tasspé’. Il faut assumer. Assume que tu t’es fait larguer, que t’es un boloss et que tu veux la récupérer. »

Si tu sais pleinement assumer tes faiblesses et les moments où tu as trébuché dans ta vie, c’est ça qui fait de toi un homme

Dans cet exercice, il nous cite une énorme inspiration : « Doc Gynéco, il l’a fait sur Première consultation. Il assumait plein de choses sur la relation entre les hommes et les femmes. Je trouve que ça manque aujourd’hui. » Myth Syzer ne s’était pas fixé l’idée d’inviter le rappeur de 44 ans à tout prix, mais quand l’occasion s’est présentée, il a saisi sa chance. « Première consultation, je l’ai saigné de ouf ! Avec Bisous, c’est plus ou moins le même thème. J’en parlais un jour et il y avait un gars qui connaissait Gynéco dans la même pièce. Ça a fait tilt ! » De cette collaboration nait le morceau La piscine, avec Clara Cappagli.

Se différencier du troupeau

L’inspiration pour Bisous lui est venue après une rupture amoureuse. « Je voulais vraiment la toucher. 80% du projet, c’est pour elle. » Son ex lui a aussi enlevé ses œillères, lui qui était beaucoup dans des délires de rap sombre. « Quand j’apprécie quelqu’un, j’aime bien écouter ce qu’elle kiffe. Ça m’a appris à m’ouvrir à la variété française par exemple. » Il y a puisé une sensibilité dont il a fait une force.

Il faut transformer son émotion et sa sensibilité en quelque chose de puissant. Le meilleur moyen d’y arriver, c’est l’art

Son art a rendu fière sa famille et particulièrement sa mère. Pour lui, il se devait de le faire. « J’ai fait pas mal de conneries quand j’étais plus jeune, j’étais pas très assidu à l’école. J’étais pas un cancre, mais j’aimais bien amuser la galerie tu vois, je foutais la merde. » C’est surtout parce qu’il voulait se sentir différent de ses camarades de classe.

Ça me soulait d’être assis sur une chaise, avec 25 autres personnes, à qui on apprend les mêmes choses, à vivre les mêmes trucs, à avoir les mêmes objectifs… C’est fatigant, ça ne m’anime pas. J’avais besoin de me différencier de tout ce troupeau

Aujourd’hui, en tant qu’artiste à part entière, Myth Syzer a pu s’éloigner de ce troupeau. « Je gagne ma vie en faisant de la musique, les gens sont plusieurs milliers à venir me voir en concert, j’ai des facilités que beaucoup n’ont pas, j’ai quasiment ce que je veux, quand je veux. À la limite c’est trop, je me perds parfois, et je dois me raisonner. » Mais nuance humblement : « Après, je ne me trouve pas différent des autres car on est tous libres et égaux en droits. »

ÉCRIT PAR LEOPOLD DARCHEVILLE ET DAVID MOUAMBA / © 2019, WHITE TEES